Le vendredi 4 juillet 2025, un rêve de longue date s'est transformé en une aventure incroyable : le Tour du Mont Blanc à vélo. Préparez-vous à plonger dans le récit de ce périple de 328 km et 7300 m de dénivelé positif. Au-delà de l'effort physique et des paysages majestueux, cet article vous fera vivre les moments de doute et de détermination
Vendredi 4 juillet, une date gravée à jamais dans ma mémoire. Chaque année, je suivais l'UTMB avec des étoiles plein les yeux, émerveillé par la ténacité des coureurs et la beauté des paysages. N'étant pas un traileur dans l'âme, l'idée de relever ce défi mythique à vélo a commencé à germer, se transformant peu à peu en un rêve: réaliser le Tour du Mont Blanc à vélo.
Ces deux dernières années, j'ai repoussé ce rêve, le laissant de côté faute de temps ou de courage. Mais en décembre 2024, j'ai pris une décision radicale : il était temps de me lancer. Après m’être inscrit à l’épreuve Gravelman Mont Blanc 2025 ( 350km version route ), j'ai donc entrepris un accompagnement de sept mois avec un coach, qui m’a structuré un plan d'entraînement. Ce fut un véritable défi que de concilier les séances avec ma vie professionnelle, les impératifs de la vie de famille, mes disponibilités et les inévitables petites gênes physiques qui ont jalonné cette préparation.
Le vendredi 4 juillet, 6h du matin. L'aube pointait à peine quand nous nous sommes retrouvés, une vingtaine de cyclistes, rassemblés pour diverses aventures autour du Mont Blanc : des tracés de 350 km et 500 km, sur route ou en gravel. Pour le défi du 350 km route, nous n'étions que trois à prendre le départ, l'ambiance était à la fois concentrée et décontractée. Après un rapide briefing, l'heure était venue de faire parler les jambes.
Nous avons filé vers la côte de Domancy, une montée courte mais intense qui nous a menés vers Combloux et Megève. Très vite, chacun a trouvé son rythme et mes compagnons de route se sont progressivement éloignés. C'était le début d'une aventure solitaire.
Après une trentaine de kilomètres, j'ai attaqué la première difficulté majeure : le Col des Saisies. Une ascension de 14,80 km avec une pente moyenne de 5,05 %. La température était clémente, et quelques gouttes de pluie ont rafraîchi l'air sans s'installer. Je suis monté à mon rythme, sans chercher à me griller dès le début, car je savais que la route serait encore longue. Atteindre ce premier sommet a été un petit soulagement, mais aussi la prise de conscience que ce n'était que le commencement.
Qui dit montée, dit descente ! Et c'est sans conteste cette partie que je préfère. Après un rapide coup de téléphone à la famille pour les rassurer, je me suis élancé dans la descente direction Beaufort. 16 kilomètres de pur plaisir, où je m’efforce de faire tourner les jambes pour récupérer un maximum.
Arrivé à Beaufort, j'ai fait le plein de mes gourdes. Je savais qu'une nouvelle et non moins importante difficulté m'attendait de pied ferme.
Après le ravitaillement express à Beaufort, il était temps d'attaquer une ascension dont j'avais tant entendu parler : le Cormet de Roselend. Ce col, prisé par les cyclistes, était sur ma liste des sommets à conquérir. On m'avait prévenu : les douze premiers kilomètres seraient longs, monotones, et majoritairement en forêt, sans grand intérêt paysager. Mais la récompense en valait la peine, m'avait-on dit, une fois arrivé au lac.
Et quelle récompense ! Dès l'arrivée au lac de Roselend, le paysage s'est dévoilé dans toute sa splendeur. Le lac, d'un bleu magnifique, entouré de montagnes majestueuses, m'a coupé le souffle. J'ai pris le temps d'observer, de profiter pleinement de ce moment.
À partir de là, il me restait environ huit kilomètres avant d'atteindre le col. Je continuais d'avancer, et surprise ! J'ai croisé l'organisation du Gravelman, qui nous a offert un ravitaillement inattendu, une bouffée d'énergie bienvenue. Quelques instants plus tard, j'atteignais enfin le sommet du Cormet de Roselend, sous une chaleur étouffante de 36°C.
Par chance, un camion ambulant proposait des boissons fraîches, une véritable bénédiction sous cette canicule. Après quelques minutes de repos salvateur, j'ai entamé la descente. Une vingtaine de kilomètres où je me suis à nouveau fait plaisir, enchaînant les lacets à bonne vitesse.
Le répit fut de courte durée, car m'attendait une ascension mythique : le Col du Petit Saint Bernard, le point de passage vers l'Italie. Environ 27 kilomètres de montée, une distance qui, plus que le dénivelé, a représenté une vraie difficulté pour moi. Je n'ai pas l'habitude des ascensions aussi longues, et la chaleur toujours aussi étouffante n'a fait qu'accentuer la pénibilité.
J'ai traversé la station de La Rosière et sa fameuse route rose. J'en ai profité pour m'arrêter un instant dans un restaurant et commander un sandwich, précieusement gardé pour la nuit. Le temps avançait et le soleil commençait à descendre alors que j'attaquais les derniers kilomètres du col. C'est là qu'un bruit assourdissant de voitures a attiré mon attention. Je me suis retourné et, en contrebas, j'ai aperçu plusieurs véhicules roulant à vive allure, driftant dans les lacets. Sans réfléchir, je me suis arrêté net, me plaçant de l'autre côté de la route, lampe allumée pour être le plus visible possible. Ils sont passés devant moi sans ralentir, une scène totalement incompréhensible qui m'a sincèrement fait peur. Plus tard, au sommet, j'ai échangé avec deux cyclistes italiens qui les avaient croisés dans la descente ; pour eux aussi, la situation avait été tout aussi dangereuse.
Enfin, à 20h30, j'ai atteint le sommet du Col du Petit Saint Bernard !
Une longue descente vers Aoste s'annonçait, avec l'objectif de rejoindre la ville pour enfin avoir deux ou trois heures de sommeil. La route était relativement calme jusqu'à La Thuile, où j'ai pu profiter pleinement de la descente. En arrivant à La Thuile, l'ambiance a changé radicalement : la ville était animée par une foule dense, conséquence de la Coupe du Monde d'Enduro/DH qui s'y déroulait ce week-end.
Il me restait encore une trentaine de kilomètres pour rejoindre Aoste, principalement un faux plat descendant sur une route assez passante. Je suis resté concentré sur ma trajectoire, mais les derniers kilomètres ont semblé interminables ; l'envie de me poser se faisait de plus en plus pressante. Une fois à Aoste, j'ai cherché de quoi manger. Puis, la quête d'un endroit pour dormir a commencé. Je dois avouer que c'est un point que je dois améliorer. J'ai fini par trouver un arrêt de bus, sorti mon bivy, et me suis emmitouflé dedans pour tenter de dormir. Les trois heures qui ont suivi ont été rythmées par le bruit incéssant des voitures montant le col.
Réveil vers 3h du matin dans mon abri improvisé à Aoste. Il était temps d'attaquer la dernière grosse difficulté du parcours : la longue ascension du Col du Grand Saint Bernard. Devant moi s'étendaient 34 km et 1800 m de dénivelé positif. Le début de la montée s'est fait sur une route très passante, avec un ballet incessant de camions, de bus et de voitures. C'était épuisant, chaque dépassement demandant une concentration extrême. J'ai alterné pédalage et marche pour économiser mes forces, car je savais qu'il restait encore un long chemin.
À plusieurs reprises, j'ai profité des parkings et des petites aires pour m'accorder de courtes pauses, m'offrant des micro-siestes de vingt minutes. Une anecdote illustre bien mon état de fatigue à ce moment-là : manquant totalement de lucidité, je me suis arrêté pour me poser. J'ai trouvé un petit espace sur le bas-côté, me suis calé pour ne pas gêner la circulation et me suis assis contre la glissière de sécurité. J'ai mangé un peu, mais la fatigue m'a emporté. Pendant une trentaine de minutes, j'ai dormi, avec les voitures et les camions frôlant ma nuque. Qu'importe, je dormais, sans la force de bouger.
Après un long moment, la route s'est enfin séparée : les camions ont pris le tunnel, tandis que je continuais ma route vers le col. Les paysages sont devenus majestueux, et malgré la chaleur, j'ai continué de profiter, de me dire que j'avais de la chance d'être là, de vivre cette expérience unique !
Comme pour le col précédent, les derniers kilomètres étaient envahis par des voitures de sport qui ne cherchaient qu'à faire hurler leurs moteurs. C'est plaisant de voir des Ferrari, Porsche et autres, mais le flot continu est vite devenu oppressant. Très vite, j'ai réalisé que j'étais tombé sur un rassemblement.
Après de longues heures d'effort, me voici enfin au sommet du col. Je découvre ce merveilleux lac, blotti à 2400 m d'altitude. Un sentiment incroyable m'a envahi : je l'avais fait, j'étais là ! Maintenant je sais que j’irais au bout de cette aventure.
Le plus gros était derrière moi, mais l'aventure n'était pas terminée. Il me restait quelques derniers cols, dont le Col de Champex-Lac, qui m'emmènera vers Martigny. Je ne me sentais pas au top, l'énergie manquait cruellement. Je me suis posé sur un parking pour me reposer. A ce moment là, le moral n'était pas au beau fixe, la peur de devoir passer une deuxième nuit dehors me fait un peu douter. J’en profite pour appeler ma famille et les encouragements que j'ai reçus ont fait la différence. Plusieurs voitures se sont arrêtées, me proposant de me monter plus haut. J'ai décliné gentillement. Je devais le faire par moi-même, même si cela devait me prendre deux ou trois heures de plus. Après cette longue pause, j'ai repris la route, traversant des villages magnifiques comme Le Trétien et Finhaut, qui m'ont permis d'oublier, un instant, la difficulté.
Quelques kilomètres plus tard, j'ai enfin atteint la frontière et suis rentré en France. Le Col des Montets s'annonçait, et je ne sais pas pourquoi, mais mes jambes sont revenues. J'ai avancé avec une énergie renouvelée, conscient qu'après ce dernier effort, une longue descente m'attendait vers Chamonix et Passy, le point d'arrivée de mon périple. Il était minuit passé, et la fraîcheur de la nuit commençait à se faire sentir, surtout le long de l'Arve. L'humidité de l'air et le froid des eaux des glaciers étaient palpables.
À 2h30 du matin, je suis enfin arrivé au point de départ ! J'ai retrouvé l'équipe de GravelMan, et la joie de les voir était immense. Je l'avais fait ! 328 km et 7300 m de dénivelé positif plus tard, j'étais revenu à l'endroit exact où j'avais commencé.
Comme dirait Steven Le Hyaric, l'organisateur de cet événement : "Start with legs, finish with mental." C'est tellement vrai ! J'ai eu l'immense chance de vivre cette aventure, de repousser mes limites et de découvrir des paysages grandioses
Cette aventure n'aurait pas été la même sans le soutien indéfectible de mes proches et de ma coach Fanny, qui a su me structurer un plan d'entraînement sur-mesure. Merci à tous ceux qui, de près ou de loin, ont suivi ce défi et m'ont envoyé des messages d'encouragement. Merci à Thibault de Ratio de m’avoir mis à dispositon une sacoche de guidon Rollmop, dont vous verrez un article de test prochainement. Merci à l’équipe de Gravelman pour l’organisation!
Votre soutien a été une force supplémentaire dans les moments les plus difficiles.
Dix jours se sont écoulés depuis la fin de cette aventure, et je suis toujours aussi émerveillé par les souvenirs qui m'habitent. Je repense souvent aux erreurs que j'ai pu commettre, notamment en matière de sommeil et de nutrition. Il y a de nombreuses choses à améliorer pour la prochaine fois. Chaque défi est une incroyable leçon. Je vais prendre le temps d'analyser plus précisément ces points afin d'être encore mieux préparé pour les prochaines épreuves. Car oui, cette expérience m'a donné l'envie de repartir à l'aventure, même si je l’avoue que je me disais que c’était la dernière fois le week end dernier!!
À bientôt pour de nouvelles aventures !